Le phénomène Keroro (partie 2) : En France

Aller à la partie 1

Deux années après le début de la diffusion télé Japonaise, Keroro gunsō envahit la France.
C’est en août 2006 sur la chaîne Télétoon que la série débarque, renommée pour l’occasion Keroro, Mission Titar. Une arrivée remarquée pour la grenouille qui, accompagnée de plusieurs publicités dans la presse (elle fera même la couverture du magazine Animeland de l’époque), devient l’une des séries phares de la chne. Près de deux saisons, à savoir pas moins de 103 épisodes, sont prévues à la diffusion assurant dans l’immédiat une longévité et une visibilité importantes. Le pari reste risqué, car bien que la série fasse un carton au Japon, les dialogues remplis de référence japonaise et de jeu de mot difficilement traduisible en français, ainsi que certaines scènes légèrement érotiques rendent la tâche ardue pour toucher la clientèle cible. Malgré les modifications et censures alors faites, le style restera particulier et très différent des autres séries diffusées au même moment pour permettre au Sergent de se démarquer et de marquer le public, comptant ainsi un nombre non négligeable d’adepte parmi les téléspectateurs.

Le chemin parcouru pour cette diffusion fut assez chaotique, et voir enfin la licence à la télévision est une libération voir un évènement pour certains. D’abord acquise par Kéro vidéo, ce dernier disparait sans avoir le temps de terminer le doublage avec le studio Mediadub, qui sera repris par la suite par Made in Europe en Belgique. Malheureusement Made in Europe fera faillite et le travaille sera refait et continué par Agend Double, le dernier studio de doublage en charge de Keroro. Même si les modifications et les voix pour la version française divisent les fans, cette adaptation aura le mérite de lancer la série chez nous et de la faire découvrir à beaucoup de personnes, au point où elle reste encore aujourd’hui, après la sortie du manga et la récente adaptation animé flash (inédite chez nous), la raison principale de l’engouement pour les grenandouilles en France. L’anime sera par la suite rediffusé à de nombreuses reprises, dont sur une nouvelle chaîne dès 2008, IDF1.

Animeland-124-276jook

Couverture d’Animeland pour Keroro et image du générique dans la version vidéo à la demande


En mai 2007, l’éditeur Kana propose la suite logique de l’invasion : le manga. Édition très proche de l’originale et tout comme l’anime, accompagnée d’une publicité pour assurer une bonne sortie. On retrouve par exemple Keroro en affiches et en produits dérivés lors de divers évènements comme à Japan expo lors des 10 ans de Kana, une sortie DVD est même annoncée mais ne verra finalement pas le jour. La série séduit le public, mais a du mal à trouver une masse importante de passionnés, le succès du manga reste alors timide et les efforts de l’éditeur (avec des concours, des goodies offerts dans les volumes..) ne suffiront pas à Keroro pour scruter une place dans les meilleures ventes. Toujours la même année, le premier site de fan est créé sous le nom de La chambre de Keroro, permettant à la communauté via un forum de se retrouver et de partager les passions et les informations autour de la licence.

manga_keroro_01tn_je2007_3086_2tn_je2007_3088j.ex.-2008-espace-kana-1577j.ex.-2008-espace-kana-1582-l258-h392-cch

Première couverture, espace dédié à la série à Japan Expo 2007 et 2008, bannière du forum La chambre de Keroro

Le 27 novembre 2008, le manga reçoit, pour son premier volume, le prix Tam-Tam catégorie manga au Salon du livre jeunesse de Montreuil, tandis que Kana continue de sortir les tomes de manière régulière. Par la suite, la présence de Keroro sera toujours d’actualité, mais d’une importance moindre : les rediffusions à la télévision s’enchainent avant de s’arrêter (Télétoon se consacrant maintenant à des productions seulement françaises) et les sorties manga, s’approchant de la parution japonaise, voient leur rythme ralentir. Plus d’espace spécialement dédié à la série lors des conventions, mais les produits dérivés y sont toujours en vente, ainsi qu’en boutique spécialisée, nous noterons également la présence d’une illustration de Mine Yoshizaki exposé à Japan Expo 2009 et des fans en cosplay à l’éffigie de la série. Un jeu nommé Le jeu du sergent y est aussi organisé de temps à autres, dont l’objectif sera d’effectuer des ordres sous peine d’être éliminé et de rater le lot gagnant. Kana proposera une réédition du manga dès le volume 15, qui sera de même pour les premiers volumes, dont les anciennes versions seront dorénavant en arrêt de production.

krrrkeroro-manga-volume-1-nouvelle-edition-francaise-61231912650keroroindex

Illustration de Yoshizaki à Japan expo 2009 (qui reprend le troisième film, se passant France), réédition du premier volume, publicité pour une ligne de vêtements, lot d’un concours Kana


On retrouve toujours des clins d’œil à la série en 2014 à diverses occasions, comme de courtes apparitions sur la chaîne Nolife ou encore la promotion de Kumamoto à Japan Expo. C’est également lors de cette période qu’une association francophone du nom Keroro France apparait pour continuer, en complément de La chambre de Keroro, d’élargir et conserver la passion pour la série.

CU_S14s06n02_1258953CU_S14s09n04_377363157890BOnY4baCMAAWbP7645326BOJnPuaCMAAM1Hy505822mecha17

Explications des affiches d’avertissement dans le métro japonais par Claire dans le 101% de la chaîne Nolife, promotion de Kumamoto à Japan Expo 2013 et maquette exposée à Japan Expo 2014


Parcours difficile, mais licence reconnue et appréciée par beaucoup, sa faiblesse lui est aussi sa force : un public de niche, passionné et déterminé, prêt à rendre honneur à la série et à la faire connaître plus amplement. Près de 10 ans après sa première apparition en France, Keroro gunsō est toujours dans les mémoires par la diffusion de Keroro Mission Titar et d’actualité par le manga Sergent Keroro, qui arrive à son volume 25 rattrapant ainsi la parution originale. Pas de désillusion, il était improbable que les grenouilles fassent une invasion aussi importante que dans leur pays natal et le contenu disponible chez nous est suffisamment conséquent pour en être ravi et profiter de la série (d’autant plus que Keroro Mission Titar fut disponible pendant près de deux années en vidéo à la demande sur Jook Vidéo). Pour les bilingues, la série est également disponible légalement et gratuitement sur Comic Walker avec un chapitre mensuel du manga en anglais et japonais. Les volumes du manga par Kana, anciens comme récents, sont encore trouvables dans certaines boutiques, sans compter certains produits dérivés, alors profitons-en !

Merci à Kazu/Mutsumi pour l’idée et les conseils

Sources : japan expo 2007 1 , japan expo 2007 2 , japan expo 2008 , chiffres ventes et audiences

Le phénomène Keroro (partie 1) : Au Japon

Pour les 15 ans du manga et la venue du volume 25 en France le 5 décembre prochain, Keroro France revient sur le phénomène Keroro à travers différents territoires. Cette première partie se consacrera sur la situation de la série dans son pays d’origine, le Japon, tandis que la seconde partie se concentrera sur l’état de la série en France.


C’est en 1998 qu’une grenouille extraterrestre, tout droit sortie d’une idée de Mine Yoshizaki (mangaka et illustrateur déjà professionnel), prend place dans un one shot et remporte rapidement un grand succès. Fort de l’engouement autour de cette œuvre et de son personnage principal, c’est dès l’année suivante que le titre Keroro Gunsō devient un manga prépublié dans le magazine Monthly Shōnen Ace, puis publié par Kadokawa Shoten pour les volumes reliés. Le style de la série se démarque par son humour, ses personnages décalés et originaux, par ses nombreuses références à la culture populaire et traditionnelle japonaise. L’univers de Keroro Gunso est simple d’accès, mais terriblement inventif. L’auteur fait part d’une imagination sans limite. Les chapitres, les volumes et les années se succèdent et la popularité n’en est que grandissante, à l’instar du nom de l’auteur maintenant connu d’un plus grand nombre. Le tome 16, par exemple, sera à la quatrième place des ventes manga la semaine de sa sortie.

tumblr_mi45r30f3r1rye3p4o1_500tumblr_mi45r30f3r1rye3p4o2_128002101

Ci dessus de gauche à droite : le one shot, l’arrivée de Keroro au Monthly Shōnen Ace et le premier volume


En 2004 Mine Yoshizaki gagne le prix de la meilleure série pour enfant lors du cinquantième Shōgakukan. La même année, Keroro sera adapté en dessin animé pour la télévision par le studio Sunrise. Ce nouveau format permit à la licence de développer son univers avec de nombreuses nouvelles histoires, de nouveaux personnages et d’apporter une ambiance (entre autre grâce à la bande son, aux génériques ou encore aux comédiens de doublages) qui collent parfaitement avec le style de la série. Touchant un public plus large, mais également plus jeune, cette version animée affirme le statut de mascotte pour le sergent Keroro, qui se fait adopter par les fans aussi facilement que par Aki Hinata.

Pendant sept ans (d’avril 2004 à avril 2011), la troupe de Keroro occupe une place sur la chaîne de télévision Tv Tokyo avec pas moins de sept saisons diffusées et rediffusées, accompagnées de cinq films qui virent le jour sur grand écran à partir de 2006. Au début à 3,5%, la part d’audience de la diffusion télé atteindra jusqu’à 6%, score assez proche de Pokémon et de Naruto shippuden diffusés sur la même chaîne lors de cette période. Le second long-métrage devient quant à lui le huitième film d’animation le plus rentable en 2007 avec en total l’équivalent de 3,877,862 dollars de recette. Le succès de la série n’est pas seulement due à son manga ou à son anime mais aussi à ses mascottes populaires, facilement reproduites en une multitude de produits dérivés. À l’image de Doraemon, qui élève sa bestiole comme héros et intérêt central de l’œuvre, ou de Kumamon, une mascotte régionale pour la ville de Kumamoto, Keroro devient une figure omniprésente dans son pays.

624785kerorogunso01cover3248186612

Premier dvd de la série et la version collector du premier film


C’est ainsi que, pour entretenir l’engouement pour la série et son lien avec son public, la grenouille propose une actualité régulière. Il est difficilement possible de passer à côté avec la pléthore de dérivés. Il n’y a pas seulement les hors séries du manga (collectors, volumes à thème, livres de collage et d’éducation pour enfants, guidebooks, romans..), les jouets (peluches, maquettes, figurines, accessoires..) ou bien les jeux vidéos. Il y a aussi, et surtout, l’omniprésence de publicités et d’évènements liés à la série. Le sergent Keroro participe donc à de nombreuses conventions et rendez vous sur la culture anime et manga, se voyant même offrir plusieurs expositions lui étant dédiées, contenant aussi bien des reconstitutions des décors de la série que des expositions d’illustrations, voir des invités prestiges avec l’équipe de production pour des interviews.

601739103938687008617299508627001225513759300853nBk-u__SCIAEWSv8l_ah_ace21OLYMPUS DIGITAL CAMERAmineyos

Expostions, boutiques, Mine Yoshizaki en interview au Manga Festival Singapore 2013


Du côté papier la série n’est pas en reste, en plus du manga et de ses hors séries, Kadokawa Shoten proposera, de 2007 à 2013, un magazine consacré à Keroro et à d’autres shōnen dont le nom rappellera sans doute le magazine Shōnen Ace de la même compagnie : KeroKero Ace. Depuis 2005, un autre magazine spin off nommé Keroro Land, toujours par Kadokawa Shoten, met en avant de jeunes talents, l’actualité de la série et une section pour envoyer ses propres personnages kerons. Une bande dessinée Keroro inédite est également à lire dans un journal depuis 2014.

071025Keroro-land

Kerokero Ace, Keroro Land et la publicité pour la bande dessinée du journal


Le public s’attache à Keroro et se l’approprie, imaginant les éléments de la série d’une nouvelle manière. Sous forme de dessin, de cosplay, de fiction écrite et avec l’invention de nouveaux personnages inspirés des kerons, c’est avec leurs idées et leurs envies que les fans explorent le potentiel de cet univers. Mine Yoshizaki en personne participera à cette coutume en redessinant les personnages de fans (apparus dans Keroro Land) à plusieurs occasions et certains feront des apparitions dans l’anime, devenant parfois emblématiques.

402px-Kl12df84e188f9c2cf8445b818e2c497d1033aae79b-740

Exemples de personnages de fans dans Keroro Land et de cosplay


Passé outre cette publicité de niche, la popularité de Keroro lui permet également de faire de prestigieuses collaborations et d’avoir une campagne publicitaire plus grand public. On retrouve alors certaines célébrités faire la promotion de Keroro, des restaurants proposer des produits de la série, Kumamon faire de la publicité avec le sergent pour Kumamoto, vente d’objets spéciaux à Onagawa en faveur des victimes de tremblements de terre ou encore la collaboration remarquée avec Kerorin pour le seau de bain.
Comme rien ne peut arrêter les grenouilles, une dizaine d’affiches d’avertissement pour le bien-être des transports a vu le jour dans le métro, ainsi qu’un train à l’effigie de la série. Ces personnages font également apparition dans les jeux vidéos tels Angol fear dans Soul calibur 4 ou Keroro et Giroro dans Monster Hunter.

164190BTNbjV5CAAAQA8d785678mmpmtmNm9d1qlzk1fo3r1400SoulCalibur_IV_Multi_119589239tumblrmi46dzxVOf1rye3p4o5128020130421_222260

Les Momoiro Clover Z avec le seau de bain Keroro, Junko Yaginuma championne de patinage artistique, Angol fear de Soul calibur 4, exemple d’affiche dans le métro et le train Keroro


Au bout de quinze années d’activité, Keroro gunsō montre un parcours singulier et pas moins intéressant, touchant tous les milieux et les âges. Avec une évolution incessante sans pour autant renier ses origines, la licence est cette année encore au gout du jour et rien ne laisse présager une fin dans les temps proches : couverture du Shōnen Ace pour les 20 ans du magazine, publication en deux langues différentes sur le site Comic Walker et surtout une seconde adaptation animé ( en flash cette fois) de 23 épisodes diffusée sur Animax.

b00obsqi1c-01-_scrmzzzzzz_Comic-Walkerkeroro-flash-2-


Série à références devenue dorénavant une série référencée, le titre des grenandouilles est un incontournable de l’humour à la sauce science fiction, voir de la culture Japonaise.

Aller à la partie 2